De la Métaphysique appliquée aux accords 1ère partie

Introduction

Nous allons publier une série d’articles analysant, à l’aide de la philosophie, la possibilité d’un accord. L’objectif est d’utiliser les principes immuables de la philosophie afin de comprendre les implications de la signature d’un accord avec les autorités romaines post-conciliaires.

Nous n’entreprendrons pas ici un cours de Métaphysique générale, ne serait-ce que sur la notion des quatre causes. Nous nous bornerons à proposer au lecteur l’application de quelques uns des principes philosophiques (que nous expliquerons tout au long de notre propos) à la situation actuelle concernant la possibilité d’un accord pratique entre la FSSPX et la Rome actuelle.

Nous verrons ce que l’on pourrait déduire de la pensée du Stagyrite ou de l’Aquinate1 par exemple. Mais ce qu’il importe d’emblée de saisir, c’est que notre propos se place dans la sphère philosophique ; l’argumentation donnée sera donc rationnelle et philosophique et ne sera pas basée sur des arguments de théologie ou de morale surnaturelle.


Ébauche de définition de la Métaphysique

La Métaphysique est une science certaine puisqu’elle est la science des principes de l’être en tant qu’être. C’est-à-dire que ces principes, une fois connus, s’appliqueront de manière universelle à tous les êtres. Ce qui est d’une importance capitale dans toutes les sciences, et notamment dans les sciences morales (monastique, domestique et politique2) : pour savoir comment agir.

Cependant, loin de nous la volonté de superposer le plan métaphysique et le plan purement moral3, nous voulons simplement exprimer ce que disait Louis Jugnet en écrivant : « pas de morale sans métaphysique »4. Ainsi toute connaissance philosophique (et même toute science quelle qu’elle soit) devrait d’abord passer par l’étude approfondie de la Physique5 et de la Métaphysique en général et plus spécifiquement de la notion des quatre causes en particulier.


Définition d’une Cause

La partie de la Métaphysique qui concerne les causes nous permet d’atteindre un degré éminent de la philosophie, puisque comme Saint Thomas d’Aquin l’affirme à la suite d’Aristote, la Science est une connaissance certaine par les causes6. En effet, connaitre les causes d’un être permet de bien connaître celui-ci, puisqu’alors nous en connaissons l’origine, sa nature et sa finalité, comme nous allons le voir ci-après. Plus précisément une cause est essentiellement ce dont une chose dépend selon son être et son devenir7.

Une cause peut se définir encore comme ce qui produit l’être (à la différence de la condition qui est ce qui permet à la cause de produire son effet de causalité).


Des 4 Causes

C’est par la connaissance rationnelle de la philosophie8 que, depuis Aristote, a été formulée de façon claire et certaine l’existence de quatre causes dans l’être. On a pu définir l’existence de quatre causes car il existe en fait quatre genres de questions que l’on se pose pour définir un être, lorsque que l’on demande à propos de celui-ci : « pourquoi ».

Les quatre causes sont :


La Cause Matérielle, la Cause Formelle, la Cause Efficiente, la Cause Finale

Nous utiliserons pour présenter cette page fondamentale de la Philosophie, la plume scintillante et toute pédagogique de Bossuet, enseignant le fils de Louis XIV9 :

« Les questions que l’on peut faire par la particule pourquoi se traduisent à quatre principales, qui marquent quatre genres de cause.

« On peut demander premièrement pourquoi une chose est, avec intention de savoir qu’est-ce proprement qui agit pour qu’elle existe. Comme dans les exemples rapportés : Qu’est ce qui a fait ce grand chaud ou ce grand froid ? On répond que c’est le soleil et le vent de bise : c’est ce qui s’appelle cause efficiente.

« Secondement, on peut demander pourquoi une chose est, avec intention de savoir quel dessein se propose celui qui agit. Par exemple : Pourquoi allez-vous dans ce jardin ? On répond : Pour cueillir des fleurs. C’est ce qui s’appelle fin ou cause finale.

« Il y a deux autres pourquoi auxquels il faut satisfaire par deux autres genres de causes. Par exemple si deux boules, l’une de cire et l’autre de marbre, on demande pourquoi l’une est molle et l’autre est dure, la réponse est que l’une est de cire, matière molle, et que l’autre est de marbre, matière dure et qui résiste. Si l’on fait une autre question, et qu’on demande pourquoi ces deux boules roulent si facilement sur un plan : C’est à cause de leur rondeur, répondez-vous. Les réponses que vous faites à ces deux questions sont tirées l’une de la matière et l’autre de la forme de ces boules. Et ainsi vous avez trouvé deux autres sortes de causes qu’il faut ajouter aux précédentes : dont l’une s’appelle matière, ou cause matérielle et l’autre forme, ou cause formelle. »

Ces quatre causes ne sont pas des êtres mais sont des principes d’être et sont universelles. C’est-à-dire qu’elles permettent de définir tous les êtres. Ainsi par exemple la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X possède quatre causes tout comme l’église conciliaire.

Appliquons maintenant ces principes d’être à trois êtres distincts une chaise, la FSSPX et la Rome moderniste, suivant le tableau ci-dessous :

 

Une chaise

La FSSPX

Rome moderniste

Cause matérielle

Le bois

Les membres

Les membres

Cause formelle

La forme de « chaise »

Les Statuts (une fraternité de clercs séculiers), les constitutions, le règlement

Les institutions, lois, et rites selon Vatican II, structure ecclésiale démocratique

Cause efficiente

Le menuisier

L’Autorité
Mgr Fellay et ses assistants (hiérarchie)

L’Autorité
Le Pape et son gouvernement (hiérarchie)

Cause finale

L’objet produit pour son usage (un meuble pour s’assoir et s’adosser)

Restauration du sacerdoce et garde et transmission de la Foi Catholique, Continuité de la succession apostolique

Destruction de la Foi traditionnelle, liberté religieuse, collégialité et œcuménisme

 

À suivre.

Thomas Audet
Pour Stageiritès


1 Aristote et Saint Thomas d’Aquin.
2 De l’individu, de la famille et de la Cité. En effet, la morale ne consiste pas en soi à obéir à une autorité (morale Kantienne) mais à faire ce qui est conforme à sa fin ultime et donc à obéir à une autorité qui mène à la fin ultime en poursuivant le bien ultime.
3 La métaphysique étant une science spéculative tandis que la morale est une science pratique.
4 In Connaitre la pensée de Saint Thomas d’Aquin, Louis Jugnet, Ulysse, p.176.
5 Physique au sens philosophique : philosophie de la nature et cosmologie (nous y reviendrons plus tard).
6 Cientia est cognotio per causas, Aristote, Second Analytiques, mais également Physique (II) et Métaphysique (I).
7 Henri-Dominique Gardeil, Initiation à la philosophie de Saint Thomas, IV, Métaphysique, p.127.
8 Qui n’est pas du tout un rationalisme.
9 Bossuet, Œuvres complètes, Education du Dauphin, traité des causes. Louis Guerin Editeur, 1870, tome IX p.653 et s.