Epilogue : Retour sur la Métaphysique d’un accord Rome-FSSPX

Un point capital, parmi d’autres, qui nous permettra de comprendre comment la cause efficiente de la FSSPX en est arrivée à désirer un accord pratique, ou même un accord quelconque, est certainement le trait suivant.

Si en bravant toutes les lois métaphysiques que nous avons énoncées, on professe que la FSSPX puisse « transformer de l’intérieur » la Rome moderniste, ou du moins qu’elle réussisse à « garder la Tradition et la foi » tout en étant soumise directement à la cause efficiente de celle-ci, c’est bien par une argumentation souvent entendue dans nos chapelles, et même depuis la chair, lorsque la crise est abordée du point de vu favorable à un accord :

« Mais le Bon Dieu et la Sainte Vierge protègent la FSSPX de tout danger, alors ayons confiance dans la Providence. »

Cette assertion loin de n’être qu’une prétention à obliger Dieu au miracle et encore une grave erreur théologique qui ne reste pas sans poser le soupçon d’hérésie chez celui qui la prononce. Expliquons-nous.

Ce type de raisonnement est en effet une négation fondamentale du Réel connaissable par la raison et qui est par-là même principe de la Morale naturelle. Cette négation de la Réalité se caractérise par une attitude surnaturaliste1. Dire qu’il faille faire confiance à la Divine Providence, c’est aller directement contre Saint Thomas lorsqu’il affirme que

« L’exécution de la Providence Divine se fait au moyen des causes secondes »2

Cela signifie concrètement que Dieu agit par l’ordre naturel du monde. C’est-à-dire que les lois métaphysiques que nous avons exposées brièvement sont strictement la volonté de Dieu lui-même3 et que la Providence agit par ces lois métaphysiques. On en conclue nécessairement que la Providence ferait en sorte qu’un accord avec Rome se solderait par la perte de la foi.

Mais encore, les tenants de « l’action providentielle » vont également contre ce qu’enseigne Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même qui dans la tentation répondit à Lucifer :

« Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu »4

En effet, ces gens exigent de Dieu un miracle : le Bon Dieu devrait accomplir un miracle pour agir contre son ordre naturel qui est sa volonté divine5, afin de préserver la FSSPX de la finalité qui lui sera imprimée par la forme donnée elle-même par la cause efficiente de l’église conciliaire. En présence d’une telle argumentation nous nous trouvons donc en face d’un inquiétant surnaturalisme doublé du quiétisme6 le plus dangereux qui soit. Ce ne sera pas à coup de millions de chapelets que nous ferons changer au Bon Dieu ses lois divines.

La vérité a parlé, maintenant elle va tonner : « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics7, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance8. »9

 


Conclusion générale de cette étude métaphysique des accords

Pour un véritable retour de Rome à la Tradition, c’est la cause efficiente de la Rome moderniste qu’il faut « changer », c’est-à-dire convertir. Et ce n’est certainement pas « intra-muros » que cela pourrait se faire puisqu’alors les lois divines du monde s’appliqueront avec toute leur juste rigueur : la FSSPX sera conduite à la finalité de l’Eglise conciliaire, autrement dit le modernisme et la perte de la foi.

La cause efficiente donnant la forme, elle conduit nécessairement la matière à la fin.

 

Thomas Audet
Pour Stageiritès


1 Surnaturalisme : tendance à absorber l’ordre naturel dans l’ordre surnaturel. Hérésie condamnée par Saint Pie X :  » Nous ne pouvons-nous empêcher de déplorer, une fois encore et très vivement, qu’il se rencontre des catholiques qui, répudiant l’immanence comme doctrine, l’emploient néanmoins comme méthode d’apologétique ; qui le font, disons-Nous, avec si peu de retenue qu’ils paraissent admettre dans la nature humaine, au regard de l’ordre surnaturel, non pas seulement une capacité et une convenance, … mais une vraie et rigoureuse exigence « , Pascendi, Saint Pie X. Cette hérésie s’accompagne souvent de son penchant philosophique qui est le Fidéisme : tendance à nier les capacités de la raison naturelle. Le Fidéisme fut lui aussi condamné : par Grégoire XVI en 1832 et 1834.
2 Contra Gentes, Q.77, III.
3 Dieu étant Un, Il n’est pas distinct de Sa volonté. Nier l’ordre naturel c’est nier Dieu lui-même.
4 Matt. 4, 1-11.
5 « Il y a un ordre divin naturel et un autre surnaturel  » Julio Meinvielle, Conception catholique de la politique, 1932, Edition Iris 2009, p. 25.
6 Le Quiétisme est le fait de se contenter de prier et de laisser le Dieu agir à notre place. Exemple de quiétisme : prier devant une porte afin qu’elle s’ouvre alors que celle-ci possède une poignée.
7 Et religieux, nous ajoutons.
8 Jacques-Bénigne Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, dans Œuvres complètes de Bossuet vol. XIV, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145.
9 Relisons ces lignes signées par l’actuel supérieur général de la FSSPX :
 » L’entière Tradition de la foi catholique doit être le critère et le guide de compréhension des enseignements du Concile Vatican II, lequel à son tour éclaire certains aspects de la vie et de la doctrine de l’Église, implicitement présents en elle, non encore formulés. Les affirmations du Concile Vatican II et du Magistère Pontifical postérieur relatifs à la relation entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes non-catholiques doivent être comprises à la lumière de la Tradition entière. »