Manifestation du 18 novembre, Civitas, terreur des surnaturalistes

Loin de moi la simple idée de songer, ne serait-ce que quelques instants, à partager toutes les thèses de l’institut Civitas ! En Science Politique je préfère m’abstenir de tout jugement à leur encontre.

Cependant, il faut bien l’admettre, ils ont une grande gloire et un grand honneur : c’est de faire peur aux surnaturalistes de tout genre. Expliquons-nous : lorsque la conversation entre membres de notre famille de pensés se porte sur cette fameuse journée de défilé, il n’est pas rare d’entendre dire de la manière la plus péremptoire :
« Nous devrions plutôt dire des chapelets, prier, faire des sacrifices, ou même faire des processions de réparation. »

Que répondre à de telles « non-arguments » (parce qu’en fait d’argumentaire, on se limitera le plus souvent à nous parler de miracle de la Salette, de Marie-Julie Jahenny ou autre, ou de fin du monde « dans les trente prochaines années », ou, pour finir le tableau des litanies apparitionisto-surnaturalistes : de la prophétie de Saint Malachie) ?

Nous ne parlerons pas de la Forme de la manifestation en soi, et si elle est une chose bonne ou mauvaise. J’émets des réserves quant à la capacité d’analyse de nos coreligionnaires en la matière (qui confondent par exemple une insurrection légitime avec une révolution bolchevique, ou, ce qui est pire, qui nient la légitimité de toute insurrection).

Bornons-nous donc sur ce point, à ne considérer la manifestation qu’en soi : on défile par millier en faisant passer notre message par des banderoles et des slogans. Rien de mieux pour réveiller les autres citoyens et leur faire rapidement comprendre de quoi il retourne et pourquoi tant de gens font tant de bruit en bas de leur immeuble. Anecdote : dimanche plusieurs personnes sortirent à leurs fenêtres pour nous apporter du soutien.

Mais le gros morceau, et le thème préféré des surnaturalistes, est bien le suivant :
« Il faut seulement prier, le Bon Dieu fera le travail. »

Avant de dire que cette attitude est au moins un péché objectif, le quiétisme1, il importe de faire remarquer que plusieurs abbés de la FSSPX étaient présents. Seraient-ils donc en état de péché, ce que sous entendent les surnaturalistes ?

Attaquons maintenant le cœur du problème :
Si on se contente de prier et qu’on ne fait rien pour s’ordonner à la restauration du Bien Commun, et même qu’au contraire on encourage le quiétisme politique (et donc surnaturel par la même occasion), nous allons directement contre l’enseignement de l’Eglise, et surtout (puisque nous sommes ici dans l’ordre naturel) contre la science politique.

Rappelons que l’ordre naturel EST la volonté de Dieu sur le monde. Que si Dieu a donné des yeux à l’homme c’est pour qu’il voit, que si sur une porte il y a une poignée, c’est pour l’ouvrir. Cela veut donc dire qu’en politique, dispositif central de l’ordre naturel (Peut-il exister une politique chrétienne ? Bernard de Midelt, Editions AFS), il faut AGIR naturellement pour parvenir à réordonner notre société au Bien Commun.

Contrairement à ce que ces gens pensent, c’est tout à fait possible, et même plus, c’est une exigence du réel. C’est la volonté divine. Car les lois qui régissent l’ordre du monde (et donc l’ordre central du monde qui est l’ordre politique) SONT la volonté de Dieu.

Conclusion : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. » (Jacques-Bénigne Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, dans Œuvres complètes de Bossuet vol XIV, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145.)


1 Doctrine de Molinos, dont le principe est qu’il faut s’anéantir soi-même pour s’unir à Dieu, se tenir dans un état de contemplation passive, et regarder comme indifférent tout ce qui peut nous arriver dans cet état.


Thomas Audet
Pour Stageiritès