Recension du film L’Enquête (The International)

L’Enquête (The International) est un film américain réalisé par Tom Tykwer, sorti en 2009. Le film s’inspire du scandale entourant la banque Bank of Credit and Commerce International (BCCI). La BCCI était une banque du Moyen-Orient basée au Luxembourg, qui connaîtra une faillite retentissante en 1991. Elle a été associée à diverses activités criminelles, en particulier le blanchiment d’argent au profit des cartels colombiens de la cocaïne.

À noter que plus récemment, en 2012, la banque HSBC la première banque britannique, a été épinglée par le Sénat américain pour blanchiment d’argent lié à des affaires de drogue ou de financement du terrorisme. Plus grave encore, la banque britannique aurait réalisé 16 milliards de dollars de transactions secrètes avec l’Iran sur une période de six ans, si l’on en croit le rapport du Sénat américain.

 


 

I – Synopsis du film

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Enquête_(film)

L’agent d’Interpol Louis Salinger, ancien de Scotland Yard, et l’assistante du procureur de Manhattan Eleanor Whitman sont décidés à faire comparaître l’une des banques les plus puissantes au monde, l’International Bank of Business and Credit (IBBC). Mettant en évidence des activités illégales au nombre desquelles le blanchiment d’argent, la vente d’armes et la déstabilisation de gouvernements, l’enquête de Salinger et Whitman les mène de Berlin à Milan, à New York et à Istanbul. Ils se lancent dans une course-poursuite de haute volée à travers le monde, dans laquelle leur ténacité implacable met leurs propres vies en danger puisque la banque ne reculera devant rien – y compris le meurtre – pour continuer à financer le terrorisme et la guerre.

 


II – Commentaires

Les journalistes qui ont vu ce film ont tous dû s’endormir avant la fin (ce qui semble peu probable) ou plus simplement ne pas aller le voir. Tous racontent que l’International Bank of Business and Credit (IBBC) est une multinationale de la finance spécialisée dans le blanchiment d’argent et le financement d’opérations illégales.

En réalité il n’en est rien. Ci-dessous, des passages décisifs du film expliquent la stratégie de l’IBBC. Une excellente leçon d’économie mondiale. Un des meilleurs thrillers politico-économiques jamais produit sur ce sujet. Á voir absolument par ceux qui aiment connaître le dessous des cartes.

 


III – Dialogues significatifs

Dialogue entre l’agent d’Interpol Louis Salinger et l’assistante du procureur de Manhattan Eleanor Whitman et Umberto Calvini, futur premier ministre italien[1] :

– Eleanor Whitman : M Calvini, nous aimerions savoir pourquoi l’IBBC, une banque, achèterait pour des centaines de millions de dollars un système de guidage et de contrôle de missiles à votre société.

– Umberto Calvini : L’IBBC a déjà acheté pour plusieurs milliards de dollars de missiles Silkworm à la république populaire de Chine qui sont prévendus à des clients au Moyen-Orient, sous condition que les missiles soient équipés du système de guidage Volcon. Et comme vous le savez peut-être, nous ne sommes que deux dans le monde à fabriquer le Volcon.

– Louis Salinger : Quel est l’autre ?

– Umberto Calvini : Sunay, Ahmet Sunay.

– Louis Salinger : De Turkisch Aérotech.

– Eleanor Whitman : Mais pourquoi la banque engage-t-elle autant de capitaux et de ressources pour vendre ces missiles ?

– Umberto Calvini : C’est un test. Les armes légères sont les seules armes utilisées dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des conflits dans le monde et personne n’a la capacité de les fabriquer plus vite et moins cher que la Chine.
Ce que Skarssen essaye de faire, c’est de positionner l’IBBC comme courtier exclusif pour la vente d’armes légères chinoises au tiers monde. Et l’achat des missiles leur ouvrira le marché.

– Louis Salinger : Oui mais investir des milliards de dollars uniquement pour devenir intermédiaire. Ça ne produira pas suffisamment de bénéfices.

– Calvini : Non…il ne s’agit pas de faire des bénéfices sur des ventes d’armes mais d’avoir la maîtrise…

– Eleanor Whitman : Maitriser le marché des armes, maitriser le conflit ?

– Calvini : Non… Non… non, l’IBBC, c’est une banque. Leur objectif n’est pas de maitriser le conflit. C’est maitriser la dette que le conflit produira. Voyez-vous, la valeur réelle d’un conflit, sa vraie valeur, elle est dans la dette qu’il crée.
Si vous maitrisez la dette, vous maitrisez tout.
Vous trouvez ça affligeant, n’est-ce pas ? Mais c’est l’essence même de l’industrie bancaire depuis toujours : nous rendre tous, que nous soyons des nations ou des individus, esclaves de nos dettes.

 

Cette partie décisive du film est disponible en vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=FsvGnf47_v8

 

Dialogue entre l’agent Louis Salinger et le colonel Wilhelm Wexler, ex-communiste agent de la Stasi :

Salinger : Mais parfois un homme peut recroiser son destin sur la route qu’il avait prise pour l’éviter. Jonas Skarssen et cette banque doivent répondre de leurs actes ; ils doivent être traduits en justice et vous pouvez m’y aider.

Wexler : La justice, c’est impossible !

Salinger : Pourquoi ?

Wexler : Parce que, agent Salinger, votre idée de la justice est une illusion. Vous ne comprenez pas que le système même que vous servez et protégez ne permettra jamais que quoique ce soit arrivé à Skarssen ou à la banque. C’est le contraire : le système garanti la sécurité de l’IBBC. Parce que tout le monde est impliqué.

Salinger : Qu’est-ce que vous voulez dire par tout le monde ?

Wexler : Le Hezbollah, la CIA, le cartel de la drogue colombien, la mafia russe, les gouvernements de l’Iran, d’Allemagne, de Chine, votre gouvernement, chaque société multinationale, tout le monde. Ils ont tous besoin de banques comme l’IBBC. Pour qu’ils puissent fonctionner dans les zones grises et les zones noires. Et c’est pourquoi les avancés de votre enquête ont été soit ignorées, soit sabotées.
Et c’est pourquoi, vous et moi, allons être discrètement éliminés avant que toute procédure contre la banque arrive jamais devant un tribunal.

Salinger : Alors qu’est-ce qu’il nous reste à faire ? On laisse tomber le dossier et on accepte que le monde fonctionne comme ça ? Je ne vais pas faire ça. Je suis convaincu, j’ai la certitude qu’il existe un moyen de faire tomber cette banque et vous allez m’aider à le faire.

Wexler : Comprenez une chose. Si vous voulez réellement faire tomber l’IBBC, vous ne  pouvez pas le faire en restant dans le cadre de votre système judiciaire. Il va falloir en sortir. Une fois que vous l’aurez fait, il y aura forcément des dommages collatéraux.

Oui. Seriez-vous prêt à sacrifier votre idéal pour le bien de tous ? C’est une chose difficile et que je ne comprends que trop bien. Mais, comme vous l’avez si bien dit, parfois un homme peut recroiser son destin sur la route qu’il avait prise pour l’éviter.

 


IV – Conclusion

Malgré tous ces discours édifiants, la conclusion du film est résolument pessimiste. L’IBBC se survivra à elle-même en changeant de chairman. Jonas Skarssen échappera à l’agent Salinger mais pas aux deux fils Calvini qui feront justice à leur manière, là où tous les autres avaient échoué.

 

B. de Midelt
Pour Stageiritès

 


[1] Dans les minutes qui suivent cet entretien, Umberto Calvini sera assassiné sur la place Duca d’Aosta de Milan.